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Alanguie dans le canapé de son salon, Emmanuelle visionnait sans grand enthousiasme un DVD. Belle, rousse, les yeux en amande, vêtue d’une robe légère, tout son être dégageait une sensualité élégante. La jeune femme soupira de lassitude. Directrice artistique dans une agence de publicité, Emmanuelle cherchait le comédien idéal pour la prochaine campagne des dessous masculins « Adonis ». De beaux jeunes hommes se succédaient sur l’écran de son ordinateur, mais… celui-là était trop maigre, celui-ci trop musclé, ce garçon avait l’air d’un voyou, cet autre d’un collégien ! Emmanuelle était contente de cette nouvelle campagne de pub, heureuse de travailler dans le glamour au lieu de passer son temps à choisir des images de pâté pour chats, ou de trouver une idée pour vanter une lessive parfumée à la rose. Cependant, aucun des hommes qui défilaient sur l’écran de son téléviseur ne lui plaisait ni ne semblait convenir à ses attentes.

Emmanuelle avait choisi ce métier, et avait travaillé durement pour obtenir ce poste. Il lui avait toujours semblé que la publicité était une aventure, une évasion, un saut hors du monde réel et de la quotidienneté. Enfant, déjà, le défilé des jours, le ronronnement des heures, des semaines et des nuits, l’angoissait. Tenaillée par un sentiment de frustration, elle vivait en attente d’un événement qui viendrait réveiller cette part d’elle-même qu’elle sentait endormie.

Déçue, Emmanuelle envoya valser ses escarpins sur le tapis, allongea ses jambes sur les coussins, et accéléra la vidéo. Un visage nouveau apparut, et retint son attention. « Ah ! Un beau mec… », pensa la jeune femme en se redressant. Depuis deux jours qu’elle visionnait les « démos » de mannequins et de comédiens, ses yeux brûlaient, la fatigue raidissait ses membres, et pour finir, toutes ces fesses et ces torses masculins ne la faisaient pas rêver, ni n’excitaient son imagination.

Emmanuelle revint en vitesse normale. Un bel homme brun à l’épaisse chevelure, l’air ténébreux, un brin intellectuel, évoluait sur l’écran. Il souriait. Emmanuelle sembla fascinée. En s’étirant sur le canapé, elle pensa : « Ce type a du charme ! Comment peut-on avoir un aussi beau sourire ? C’est exactement le genre d’homme avec lequel je passerais bien une nuit ! Une folle nuit d’amour… une seule… Pas plus, sinon, je serais bien capable de tomber amoureuse. »

Emmanuelle appuya sur le bouton « arrêt sur image », et rêva, silencieuse devant le visage en gros plan de l’inconnu. Avec gourmandise, elle passa discrètement la pointe de sa langue sur ses lèvres, un frisson lui parcourut le dos, et sa main glissa subrepticement le long de son ventre comme pour calmer le feu qui l’envahissait soudain. Sa main caressa sa toison sous son slip, son doigt se faufila entre ses poils et commença une douce caresse dans son intimité. Les yeux rivés sur le visage figé de l’inconnu qui envahissait l’écran, elle titilla son clitoris en imaginant que l’homme la caressait et allait l’entraîner dans le plaisir… Le va-et-vient de sa main entre ses cuisses devint plus rapide, plus insistant, malmenant un peu ses chairs qui s’humidifiaient au fur et à mesure que s’intensifiait sa caresse, un peu honteuse de s’adonner à un plaisir solitaire, ce qui n’était guère dans ses habitudes. Ce n’était ni la morale ni une quelconque religion qui le lui interdisaient, mais son orgueil. Que faisait-elle alors, la main frétillante entre ses cuisses ?

La sonnette de la porte d’entrée l’interrompit. Tout à son bien-être, la jeune femme ne bougea pas. Elle ne voulait pas ouvrir, afin de ne pas quitter son rêve et son plaisir sensuel. Les coups de sonnette redoublèrent, si insistants, qu’elle revint à la réalité.

Emmanuelle coupa l’image à regret, se leva, la télécommande en main, et ouvrit vivement la porte. Hadrien, jeune homme séduisant, pas très grand mais bien proportionné, les yeux vifs, bronzé et sportif, bardé de sacs de voyage, entra dans l’appartement.

Le « photographe baroudeur » déposa ses affaires et sa sacoche contenant ses appareils photo sur le sol. Il prit joyeusement Emmanuelle dans ses bras, et l’enlaça avec fougue.

Emmanuelle le repoussa, et s’écria, contrariée :

— C’était beau le Brésil ?

— Superbe. J’ai fait des photos magnifiques. Elles se vendront très bien.

— Tu n’as pas beaucoup pensé à moi.

— Si, pourquoi ?

— Tu aurais pu m’appeler.

— Oui, mais après Rio, je suis parti au fin fond de l’Amazonie. Et là, il n’y a pas de réseau !

Depuis un an que la jeune femme entretenait une liaison avec Hadrien, elle continuait à se demander si elle l’aimait vraiment. Il faisait bien l’amour, mais sans passion. Il était souvent absent, pas très fidèle, et Emmanuelle rêvait d’étreintes fougueuses, d’éclats physiques, de caresses qui l’auraient transportée aux frontières de la folie. Élevée d’une manière un peu conventionnelle et stricte, elle n’avait jamais connu ces grandes envolées charnelles que vantaient les magazines. Emmanuelle se demandait même si elles existaient ou si c’était des fantasmes de journalistes en mal de lecteurs. Hadrien était un amant peu inventif. Il voulait donner du plaisir, en prendre, mais son imagination limitée n’avait jamais ébloui Emmanuelle.

Le jeune homme plaqua ses lèvres sur la bouche de la jeune femme pour l’empêcher de parler, la prit dans ses bras, l’embrassa de force, et commença à la caresser.

Émoustillée par la vision du comédien qui avait évolué sur l’écran, Emmanuelle ne put résister à ses étreintes, et entraîna son amant dans le salon. Debout sur le tapis, Hadrien déboutonna le haut de la robe d’Emmanuelle avec minutie. Il passa ses mains avides sous le caraco de dentelle, prenant d’une main le sein de la jeune femme entre ses doigts brûlants.

Emmanuelle se colla contre lui, glissant en même temps sa bouche contre la nuque puissante du jeune homme.

Pendant qu’Hadrien s’obstinait voluptueusement à serrer entre ses doigts le sein gonflé de son amante, Emmanuelle appuya sur la télécommande du téléviseur qu’elle tenait toujours à la main. Le visage de l’inconnu qui l’avait si fortement attirée quelques instants auparavant réapparut sur l’écran.

Dès qu’elle le vit, Emmanuelle se cambra, s’offrit sous la caresse de plus en plus intime d’Hadrien qui faisait glisser la bretelle du caraco, laissant apparaître un sein ferme, au mamelon dressé. Elle soupira, et tout en regardant l’inconnu évoluer sur l’écran, Emmanuelle ouvrit la chemise masculine, et vint se nicher contre le torse d’Hadrien. Mais le jeune homme, de ses deux mains toujours plus pressées, fit glisser l’autre bretelle du caraco qui tomba sur la taille de la jeune femme. Il palpa et embrassa goulûment les deux seins qui se tendaient vers lui. Emmanuelle, les yeux toujours rivés sur l’écran, sentait l’haleine chaude de son amant sur sa peau, espérait sa langue sur ses tétons durcis… mais il renversa la jeune femme sur le canapé. Elle tomba à la renverse dans les coussins, frémissante et heureuse de l’ardeur d’Hadrien. Il s’agenouilla près d’elle, et termina d’enlever sa robe.

Le ventre d’Emmanuelle palpitait au-dessus d’un slip noir, ses jambes ondulaient sous la caresse du jeune homme qui posa sa bouche sur la peau frissonnante. Ses lèvres descendirent jusqu’au slip, qu’il écarta avec les dents jusqu’à faire apparaître les poils roux de la jeune femme. Sa main s’insinua dans la fente rosée, l’écarta un peu pour y plonger ses doigts. Emmanuelle respirait vite sous la caresse d’Hadrien, et creusa les reins pour se donner.

À l’insu de son amant, Emmanuelle fixait toujours le visage de l’inconnu sur l’écran, et tandis qu’Hadrien cajolait d’un doigt trop rapide le clitoris gonflé de désir, elle contemplait l’image de cet homme avec un plaisir qui accroissait celui qu’elle prenait avec Hadrien.

Emmanuelle se tordit en gémissant, et déboutonna la braguette d’Hadrien. D’un geste sûr, elle fit glisser le pantalon et le slip masculin, puis attira le jeune homme sur elle en empoignant son membre déjà raide. Hadrien se plaqua contre Emmanuelle avec délice. Elle poussa un petit cri de bonheur quand elle sentit le sexe dur de son amant s’écraser contre son ventre nu.

Le couple se frotta l’un à l’autre, puis la force de leur désir les rendit plus graves, plus rapides, plus haletants. Enlacés, ils s’enroulèrent, profondément entrés l’un dans l’autre. Nue, offerte, Emmanuelle se cambra sous les va-et-vient du jeune homme. Le plaisir de la jeune femme, décuplé grâce au visage masculin de la vidéo qui la regardait sans la voir, faisait croire à Hadrien qu’il lui procurait des sensations exceptionnelles.

Le jeune photographe accéléra alors le rythme pour atteindre l’extase, enchanté de l’élan impétueux de sa maîtresse.

Emmanuelle aurait souhaité plus de raffinements dans les caresses d’Hadrien, des inventions, des positions nouvelles, mais le jeune homme lui avait fait l’amour trop rapidement sans flatter tous ses sens. Seule, l’image de l’inconnu sur l’écran avait enflammé le désir de la jeune femme. Elle y pensait encore en cherchant le sommeil à côté du photographe qui dormait depuis longtemps. Dans le lit, Emmanuelle se sentait seule et abandonnée.

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